Study, religious concept of kamikaze in relation to the Mongolian invasions of the Japanese islands

PhD candidate at the Institute of Religious Studies at the University of Montreal where he is currently working on the religious concept of kamikaze in relation to the Mongolian invasions of the Japanese islands. He is also interested in Mongolian Buddhism as well as paradigmatic representations of Mongolian history. He previously completed a dissertation on the history of otherness in Shinto.

Ce n’est pas tant que les handicapés mentaux ne sont pas mongols que les Mongols ne sont handicapés mentaux - 
La profondeur historique du mépris envers les asiatiques

Jérémy Le Blanc-Gauthier

Doctorant à l’Institut d’études religieuses de l’université de Montréal où il travaille, entre autres, sur le concept de kamikaze dans le Japon médiéval. Il y a préalablement complété un mémoire portant sur l’histoire de l’altérité dans le shintō.

Au [34e] gala des prix Gémeaux,[1] l’humoriste Pierre Hébert souleva une controverse en usant du terme «mongol» à quatre reprises.[2] À la suite de ces propos, la directrice générale du Regroupement pour la trisomie 21, Geneviève Labrecque, a publiquement rappelé que l’expression est blessante pour les trisomiques et leur entourage et que des excuses s’imposaient.[3] Pierre Hébert offrit ses excuses sur différentes tribunes, y compris la populaire émission Tout le monde en parle, et rappela que l’expression lui avait échappé sans qu’il ne cherche à offenser quiconque.
Pourquoi raviver l’une des – maintenant rares[4] – controverses s’étant conclue dans la compréhension et le respect mutuel? Parce que dans la foulée de la mouvance #stopasianhate, il semble qu’une question additionnelle doit être posée : qu’est-ce qu’il y a de mal à être mongol exactement? Pourquoi ce référant est-il encore péjoratif?
Brièvement : parce qu’en Occident, le Mongol, en tant qu’archétype des phénotypes de l’Asie de l’Est, incarne l’idiotie depuis bien longtemps.
L’idée n’es pas, ici, d’étaler dans toute sa longueur l’histoire de la perception des Asiatiques en Occident qui a abouti à cette association des handicapés mentaux aux Mongols mais, de quelque peu s’y attarder est nécessaire afin de comprendre la pérennité de cette dévalorisation intellectuelle des Asiatiques dans notre société. Limitons-nous ici à l’histoire moderne par souci d’économie.
Tel qu’identifié avec raison par la Fondation Jérôme Lejeune [5]:
«Ce sont leurs yeux bridés qui ont fait dire, pendant de nombreuses années, que ces gens ressemblaient à des Orientaux, habitants de Mongolie ; c'est pourquoi le docteur Down[6] les a appelés « mongoliens » et leur état le « mongolisme ».[7]

Cependant, l’affirmation est oublieuse d’un élément plus fondamental : cette association connait des ramifications bien plus profondes que la simple congruité entre certains traits faciaux.

En effet, en amont des propos de J. Down, l’on retrouve, parmi d’autres, ceux du philosophe Voltaire (1694-1778) qui disait, par rapport à «la race de Gengis»[8] et à sa postérité (les Chinois), que : 
    «[Ils], ont fait peu de progrès dans toutes les autres sciences : c’est sans doute que la nature, qui leur a donné un esprit droit et sage, leur a refusé la force de l’esprit. 
    «Notre caractère [les Occidentaux] est de nous perfectionner, et celui des Chinois est, jusqu’à présent, de rester où ils sont parvenus.»[9] 
    
Donc, par nature, la «race de Gengis» accumulerait un retard du fait de son inaptitude au progrès. Cette idée d’une ethnie par nature de plus en plus retardée par son incapacité à s’améliorer se retrouve également chez le philosophe allemand Hegel (1770-1831), pour qui les Mongols – représentants de la «race» est-asiatique dans son ensemble – étaient figés dans une enfance historique sans être aptes à la maturité subjective nécessaire pour en sortir : les Asiatiques seraient condamnés à faire du surplace.[10] Cette philosophie raciale vint informer les pionniers de l’anthropologie médicale, identifiée a posteriori comme racisme scientifique. Toujours avant J. Down, l’on repère cette «scientifisation» de ce racisme philosophique chez le naturaliste polygéniste Christoph Meiners (1747-1810) qui catégorisa l’intelligence des «races» en fonction de marqueurs esthétiques.11 La race dite mongoloïde (les Asiatiques) fut identifiée comme laide et stupide. L’on comprend donc que c’est l’apparence asiatique qui signifia l’idiotie. Le biologiste monogéniste Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), usa d’une approche différente afin de diminuer les Asiatiques : pour ce dernier, ce n’est pas par nature immuable qu’ils sont inférieurs mais par dégénérescence historique. Leur «race» aurait connu des conditions socio-climatiques les ayant corrompus de la perfection originelle (i.e. les caucasiens blancs). J. Down s’insère donc dans une lignée «scientifique» où les Asiatiques sont compris comme idiots. Ce n’est donc pas par la seule ressemblance entre les trisomiques et les Mongols que le terme fut choisi par J. Down : c’est parce que de ressembler à un Asiatique signifiait à l’époque être un idiot. 6 John Langdon Haydon Down (1828-1896).

C’est possiblement Francis Graham Crookshank (1873-1933) qui mena cette association à un paroxysme au sein du racisme scientifique en affirmant que la trisomie chez les caucasiens est le fait d’un détritus génétique légué par les Mongols lors de leur poussée impériale en Europe médiévale.[12] 

Alors, rappelons-le, d’appeler les trisomiques «mongols» est péjoratif du fait que les Asiatiques seraient des idiots. Le terme dévalorise les handicapés mentaux en les traitant d’Asiatiques. Il n’est pas question ici de minimiser les dénonciations de Geneviève Labrecque mais simplement de rappeler, qu’en fait, il n’y aurait rien d’infériorisant au fait d’être Mongol. 

Soulignons que le combat linguistique mené par le Regroupement pour la trisomie 21 fait écho à celui de la diaspora mongole qui, semble-t-il, n’apprécie pas plus cette association entre handicapés et Mongols. Par exemple, le groupe Mongol Identity parvint récemment à faire réviser cet usage inapproprié dans l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary.[13]

[1] Le gala eut lieu le 15 septembre 2019. 
[2] Il s’agit en fait d’une réitération de la même polémique créée par La soirée est (encore) jeune en 2015, lorsque les habitants de la ville de Québec y furent appelés «mongols»; une polémique que François Pérusse n’a semble-t-il pas su soulever en 2007 avec sa chanson Y’a don ben des [mongols]. 
[3] Lors d’une entrevue avec Sophie Durocher sur QUB radio.
[4]Il n’est pas nécessaire de précisément nommer un exemple où une polémique opposant humour et handicap escalada aux plus hautes sphères.
[5] Fondation Jérôme Lejeune - Déficience intellectuelle d'origine génétique - Fondation Jérôme Lejeune (fondationlejeune.org)
[6] John Langdon Haydon Down (1828-1896).
[7] «Qu’est-ce que la trisomie 21 ? Trisomiques ! Pas Mongoliens !» : https://www.fondationlejeune.org/trisomie-21/trisomique-pas-mongolien-rencontre-avec-une-femme-devenu-mere-d-un-enfant-trisomique/eune.org, (page consultée le 2021-04-07).
[8] Référant à Chinggis Khan (1155/1162-1227). 
[9] Voltaire, «État de l’Asie au temps des découvertes des Portugais», dans Essai sur les moeurs et l'esprit des nations (1756). 
[10] Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire (1837). 
[11] Christoph Meiners, Esquisse d’une histoire de l’humanité (Grundriß der Geschichte der Menschheit ) (1785).
[12] Francis Graham Crookshank, The Mongol in Our Midst (1924).
[13] https://www.mongolidentity.org/news/9/ (page consultée le 2021-04-09).



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